Poème gwennraneg

Er miroer

De seint abar er miroer

Echti me michteñ barhoneg

Kae kimat henen a ga ou-treo

Ma me "me de gar" deñueñ

Traduction & audio en breton de Batz-sur-Mer par Sylvain
Lecture audio
De seint abar er miroer  Echti me michteñ barhoneg  Kae kimat henen a ga ou-treo  Ma me me de gar deñueñ.

Version originale
Poème la glace

Le breton de Batz-sur-Mer

Le breton parlé à Batz-sur-Mer (Brezhoneg Gwenrann, gwennraneg), au Nord-Ouest de la Loire-Atlantique, est à peu près la dernière trace que nous ayons des parlers bretons du Pays nantais. Si le gallo (la langue d'oil) a petit à petit repoussé vers l'ouest la langue bretonne, au Moyen-Age elle était parlée dans nombre de communes du Pays Nantais. A Batz-sur-Mer la langue s'est maintenue jusqu'au 19eme siècle et les derniers locuteurs qui ont appris cette langue à la naissance se sont éteints récemment!

Dans ce territoire du sud Bretagne, le breton, langue celtique insulaire qui s'est répandue ici au tournant des 5e et 6e siècles, est, au Moyen Âge, dans une situation linguistique pour le moins singulière. Il est alors en concurrence avec les langues d'origine romane, le gallo parlé dans les campagnes et un français teinté de régionalismes et de bretonnismes parlé dans les pôles urbains et militaires de Guérande, de la Roche-Bernard, du Croisic et dans la partie de la paroisse d'Assérac soumise à l'influence des templiers et hospitaliers de Faugaret. 11 reste qu'au 16e siècle, les élites locales, clercs des administrations royale et seigneuriale, marchands-mariniers... qui utilisent le breton pour langue quotidienne et familiale, sont en fait très souvent polyglottes. Besoins et nécessité de leurs activités obligent. Dans la seconde moitié du 16e siècle, l'aire géographique de la pratique de la langue bretonne tend à davantage se resserrer autour des bastions littoraux qui resteront encore les siens à la charnière des 18e et 19e siècles en partie pour des raisons commerciales : Piriac, La Turballe-Trescalan, Mesquer et Batz...

Dans cet espace géographique, les habitants des villages du Bourg-de-Batz, à l'identité depuis longtemps affirmée et reconnue, se sont distingués en prolongeant l'usage du breton comme langue communautaire et secrète jusqu'aux années 1910- 20. L'intérêt d'en avoir maintenu la pratique tout au long des 18e et 19e siècles est d'ordre stratégique et économique. Son apprentissage et sa transmission au sein des villages paludiers rendaient plus faciles les échanges commerciaux. Le droit de troque du sel et des oignons était autorisé aux sauniers et aux paludiers dans les départements bretons et tout spécialement dans les cantons monolingues bretonnants des Côtes-d'Armor, du Finistère et du Morbihan, zones de chalandises fréquentées depuis des générations par les habitants de Batz pour les besoins de subsistance. Dans la lignée d'une tradition de transfert de technologie salicole tout aussi séculaire vers le pays de Vannes, les paludiers de Batz se réservaient aussi la possibilité d'aller exploiter les salines du Morbihan et de s'intégrer aux communautés d'accueil.

Le breton autrefois parlé à Batz se rattache au breton du Vannetais. Il présente aussi des affinités remarquables avec celui du Goëlo employé entre Paimpol, Lanvollon et Plouha aux limites est du Trégor (Côtes-d'Armor), variété d'un même dialecte oriental qui s'est différencié à l'époque médiévale sous l'influence d'un fort adstrat roman. Il est possible de juger de cette parenté par divers documents imprimés et surtout par des sources manuscrites compilées entre 1870 et 1962 et heureusement préservées. La plupart nous sont parvenues après une longue quête documentaire, feuilleton à rebondissements qui s'est écrit sur plus de vingt années et reste à parachever. Tout au long de l'Époque moderne, en raison d'un isolement géo-linguistique, de la débretonnisation avancée du pays de Guérande, de l'abandon du breton par les élites, d'une non prise en considération par les autorités ecclésiastiques de l'évêché qui ne l'ont pas cultivé au séminaire de Nantes ni fait imprimer d'ouvrage de dévotion spécifique, le dialecte local a fait des emprunts au gallo et au français. À ces raisons, il convient d'y ajouter celles d'un trilinguisme ancien de la population paludière et une scolarisation poussée depuis le 171e siècle sous l'influence de la Contre-Réforme catholique. Les particularités phonétiques, lexicales et syntaxiques du breton de Batz étaient telles, qu'aux dires de ses locuteurs l'intercompréhension était devenue quasi impossible au début du 20e siècle avec les voisins de Belle-Île ou de la presqu'île de Rhuys qui ont pourtant fourni un important contingent d'émigrés bretonnants tout au long des 17e et 18e siècles au pays de Guérande.

Les derniers locuteurs du Bourg-de-Batz qui ont parlé peu ou prou ce "créole breton" dans leur enfance se sont éteints dans les décennies 1940-60 et à ['extrême fin du 20e siècle pour les personnes qui en avaient une connaissance fragmentaire pour en avoir retenu des bribes auprès des anciens. À l'aube du 21e siècle, le souvenir de ce brehoñneik et de sa pratique ne s'est d'ailleurs pas totalement effacée des mémoires. Qui plus est, à y regarder de près, la langue populaire de toute [a région, de Camoël à Batz, en passant par Piriac, La Madeleine et Saint-Molf, recèle une bonne centaine de bretonnismes. Beaucoup d'ailleurs sont en passe de devenir obsolètes dans la mesure où ils relèvent d'un registre d'actions ou d'activités appartenant à un monde rural ou à un mode de vie révolus. À cet héritage en cours d'inventaire, il faut ajouter une liste infiniment plus longue et nécessitant un sérieux examen critique, de lieux-dits, habités ou cultivés, au premier rang desquels figurent ceux des salines guérandaises. (source: "Gildas Buron - Musée des Marais Salants")

Batz-sur-Mer

Batz-sur-Mer est une commune de Loire-Atlantique... une île aujourd'hui rattachée à la côte juste au sud de Guérande, et à proximité de st Nazaire. Depuis des siècles ce pays tire ses richesses de la mer, et notamment des marais salants, pour la récolte traditionnelle d'un sel réputé par les paludiers.

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